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5th juillet
2016
written by Christophe Deshayes

Christophe Deshayes, un autre regard sur la transformation digitale

  • Conférencier spécialisé depuis 20 ans sur la transformation digitale (+ 1500 conférences)
  • Conseiller « Transformation digitale » à l’Ecole de Paris du Management (Think Tank)
  • Essayiste sur la transformation sociétale liée au digital

 

Un crédo

Rendre l’avenir digital désirable…

…à condition de modifier notre regard sur cette transformation sociétale profonde et notre relation à la technologie (nos usages et notre manière de la concevoir).

Une attitude

Favoriser une transformation sereine et responsable

  • L’uberisation : une « surprise » … annoncée il y a 20 ans !
  • « First takes all » : un slogan martelé… mais erroné
  • Articuler rupture et continuité : la vraie transformation ?

Un expert im-pertinent du phénomène digital

Observateur du phénomène numérique depuis plus de vingt ans, il porte sur cette transformation sociétale sans précédent, un regard distancié, aussi éloigné que possible du discours marketing des vendeurs de technologies ou d’espace médiatiques.

 

Après avoir exercé des fonctions opérationnelles et d’état-major chez Atos, Christophe Deshayes est devenu à partir de 1996 un expert de l’analyse des transformations sociales et économiques liées au développement des technologies numériques.

Trait d’union entre les technologies digitales et les sciences sociales, entre les praticiens (de l’entreprise, des statups, de l’administration, la société civile…) et les chercheurs, les think-tanks et les influenceurs, il est également conseiller pour la transformation digitale des entreprises auprès de l’Ecole de Paris du Management et collabore à la revue en sciences de gestion et sociologie « gérer et comprendre ».

Des conférences qui marquent les auditoires

Connu pour son ton résolument impertinent, il est reconnu à la fois par le monde de l’entreprise pour ses conférences qui marquent les auditoires devant lesquels il s’exprime (plus de 1500 conférences à ce jour) mais aussi par celui de la recherche avec lequel il collabore régulièrement.

Il a organisé pendant cinq ans des rencontres entre chercheurs et praticiens en vue d’aborder la question du management des technologies numériques sous des angles peu envisagés ailleurs.

 

Les vrais révolutionnaires du numérique

Au printemps 2010, il signe avec Michel Berry,
directeur de recherche au CNRS, l’ouvrage « les vrais révolutionnaires du numérique » qui souligne le rôle essentiel joué par les millions anonymes dans la « révolution numérique ».

Le printemps arabe montrera un an plus tard le pouvoir subversif de cette mise en capacité des foules.

 

Petit traité du bonheur 2.0

Il dirige en 2011 une étude de veille et prospective réalisée  pour le ministère de l’économie sur le thème «bien vivre grâce au numérique ».

Technologies et bien-être : une nouvelle frontière ?

Il poursuit cette étude en 2012 dans un ouvrage de référence sur les stratégies utilisées pour manger mieux, bouger plus, être mieux dans sa tête grâce aux technologies numériques publié chez Armand Colin en février 2013 sous le titre « petit traite du bonheur 2.0 »

L’engouement pour les objets connectés portés sur soi (wearables)  confirmera à partir de 2015 l’importance du sujet pour la santé, le style de vie, l’industrie de l’assurance, les politiques publiques…

 

 

Vidéos disponibles :

  • Le digital : davantage une culture qu’un outil ! (extrait conférence)

https://www.youtube.com/watch?v=q5qPxGoPhyo

  • Le travail collaboratif : une tendance à décrypter… (extrait conférence)

https://www.youtube.com/watch?v=Yt4moxZHFAA

  • Le digital peut-il aider à prendre soin de soi ? (extrait débat – Collège des bernardins)

https://www.youtube.com/watch?v=qm9IM8Gszz4

 

 

 

 

 

 

4th janvier
2012
written by Christophe Deshayes

Le Cloud Computing était l’un des trois symboles de l’ère Obama en matière de modernisation de l’informatique gouvernementale. Mais les résultats tardent à arriver. De quoi faire réfléchir à l’attitude à tenir à l’heure où gouvernements et entreprises placent tant d’espoirs dans cette « technologie ».

Des économies pas si faciles à récolter

Le Cloud Computing (informatique dans les nuages) était l’un des trois symboles de la modernisation de l’informatique fédérale sous l’ère Obama. Or, une étude récente de CDW-G (publiée sur le site de Datamation) montre que, malgré les incitations fortes, seuls 29% des agences fédérales et 23% des agences locales font état d’implémentation active (ce qui ne veut pas dire massive) du Cloud Computing. De quoi conclure que les agences se hâtent vers le Cloud avec grande prudence.

Lancé par Vivek Kundra, le premier CIO fédéral (Directeur des Systèmes d’Information), le programme gouvernemental de Cloud Computing porte pourtant de grandes ambitions : rationalisation, meilleur service et quelques milliards de dollars d’économies sur un budget informatique annuel de 80 milliards. Une aubaine en période budgétaire délicate. Les 2 100 centres informatiques fédéraux recensés étant priés de converger afin de passer à 800 à l’horizon 2015.

Mais dessiner un schéma rationnel de fonctionnement ne suffit pas. Certes, les centres informatiques à fermer emploient un nombre plutôt restreint de personnels. Le coût social de l’opération de rationalisation est donc relativement limité. Mais pour autant, il n’est pas plus facile de fermer des centres informatiques que de fermer des casernes, comme je l’écrivais dans un article précédent publié en juillet dernier sur le cercle Les Échos, suggérant ainsi que les économies promises seraient plus longues à venir et probablement moins volumineuses qu’espérées.

En effet, le lobbying des vendeurs informatiques traditionnels qui ont beaucoup à perdre dans cette histoire s’est chargé de « sensibiliser » le tissu local des différentes parties prenantes. Après sa démission, Vivek Kundra signait le 1er septembre 2011, le premier jour de sa liberté de parole retrouvée, une tribune dans le New York Times qui a quelque peu réveillé le Landerneau de l’industrie informatique.

Extrait : « Alors que l’économie globale se sort comme elle peut d’une lente et douloureuse reprise, les gouvernements, partout dans le monde, gaspillent des milliards de dollars dans une informatique inutile. Ce problème a empiré ces dernières années à cause de ce que j’appelle le « cartel informatique ». Ce puissant groupe de fournisseurs encourage une dépendance envers des matériels et logiciels chers à acquérir et à maintenir ».

Puissance industrielle ou puissance « d’usage » ?

Ce cartel exerce son influence auprès de tous les grands utilisateurs informatiques, entreprises comme gouvernements, partout dans le monde, pas seulement aux USA, pas seulement dans les administrations. Il revient au client d’exercer son libre arbitre. Mais il est beaucoup plus difficile pour le gouvernement américain que pour n’importe quel autre de se débarrasser de cette dépendance, car elle fonde en fait, depuis des décennies, la supériorité de l’industrie informatique américaine. Les contrats fédéraux américains, notamment militaires, expliquent au moins en partie les succès planétaires de l’industrie informatique historique américaine.

Lorsqu’on est une grande puissance industrielle de l’informatique, il est difficile d’être dans le même temps, une grande puissance de l’usage de l’informatique. En effet, trop d’enjeux de dépendances croisées sont en jeu pour laisser l’analyse de l’usage mettre en cause les puissants intérêts de l’industrie. Subventionner des entreprises nationales via des contrats publics généreux pour en faire des champions mondiaux capables de tirer les exportations est une stratégie qui a montré sa pertinence. Développer un usage intelligent, créatif et économe de la technologie est une autre stratégie en théorie pertinente, même si cela reste en grande partie à démontrer. Mais ces deux stratégies sont en toute logique incompatible.

Voilà, en principe, une excellente nouvelle pour les pays européens qui ne représentent plus une grande puissance industrielle dans le domaine. Reste à savoir si ces gouvernements sauront s’affranchir de ce cartel d’industriels et de consultants afin de tirer les bénéfices du Cloud plus rapidement et plus complètement que le gouvernement américain. Sauront-ils développer une industrie de l’usage (stratégie, organisation, modèle économique, design de services, sociologie des usages…) ou préféreront-ils tenter de recoller à la roue en s’efforçant de faire émerger des plateformes « Me too » de Cloud Computing ?

La guerre fratricide de deux industries informatiques

En fait, en faisant le pari du Cloud Computing, Vivek Kundra faisait également le pari d’une autre industrie américaine championne du monde : les champions du numérique (Google, Amazon…). Une industrie plébiscitée par les usagers qui combine informatique, télécom et audiovisuel. Une industrie qui ne dépend pas ou peu du gouvernement américain, qui représente le web triomphant et ce qu’on appelle la consumérisation de l’informatique. Cette informatique dont la dynamique se trouve davantage dans l’usage, l’imagination et l’énergie de ses utilisateurs plutôt que dans la technologie et le cerveau de ses concepteurs.

Si monsieur Kundra était fondé à vouloir parier sur cette industrie-là, il a gravement sous-estimé la capacité de résistance de l’informatique classique à se laisser tondre la laine sur le dos sans rien dire, par d’autres entreprises, fussent-elles, elles aussi, américaines.

Une autre informatique

De même, Vivek Kundra prêtait-il un peu trop aux capacités des nuages. L’étude CDW-G précédemment citée fait également apparaître qu’en fait trois quarts des agences utilisent au moins une application en Cloud Computing tout en précisant qu’elles ne se considèrent pas pour autant utilisatrices actives. Les applications en question sont la messagerie, la visioconférence, les suites de productivité… Il est vrai que quelques utilisateurs se servant de temps à autre d’une application de Webconférence hébergée dans les nuages par un prestataire extérieur ne constituent pas une organisation ayant basculé dans le nuage.

Si les avantages du Cloud sont réels pour ce type d’applications qui tirent les bénéfices de nouveaux dogmes informatiques en matière de virtualisation des données, personne n’a encore démontré la faisabilité et l’économie qu’il y avait à faire fonctionner à grande ampleur les grands progiciels de gestion dans les nuages. Des progiciels qui reposent, eux, sur d’autres principes, plus classiques, de l’informatique de gestion.

Alors, sauf à penser que l’on peut gérer une grande organisation avec Google Docs et Facebook aussi bien qu’avec SAP, il est probable qu’il faille admettre pendant encore longtemps que les nuages ne représentent pas la solution pour toute l’informatique.

Une autre « délocalisation » qui ne dit pas son nom

L’informatique dans les nuages cristallise tous les enjeux liés à la numérisation du monde. Une fois dans les nuages, l’informatique n’a en effet plus de frontières (quel droit, quelle régulation peuvent-ils encore s’appliquer ?). Pour ce qui reste du pilotage de cette informatique, il peut se pratiquer à distance, de n’importe où dans le monde : une autre délocalisation s’annonce donc !

Une délocalisation qui pose des problèmes d’emploi, de compétence, de souveraineté, de catastrophe majeure… Des problématiques auxquelles il conviendrait de réfléchir assez vite en termes d’usages, pas seulement en termes techniques.

Les économies budgétaires qui ne sont pas aussi faciles qu’on le dit à récolter ne sauraient donc constituer la seule ligne d’horizon des politiques publiques ou privées avisées.

(*) « Tout le monde veut aller au ciel, mais personne ne veut y aller tout de suite » est extrait des paroles de la chanson de Kenny Chesny citée par Ron Ross, chercheur au National Institute of Standards and Technology, lors de la conférence FOSE sur l’informatique fédérale à Washington D.C., en juillet 2011.

14th avril
2011
written by Christophe Deshayes

Pour faire face à la crise de l’école, beaucoup misent sur l’emploi des nouvelles technologies. Les expériences se multiplient, avec les résultats contrastés liés à toute période d’apprentissage. Mais si ces technologies sont porteuses de solutions, elles constituent aussi un révélateur d’une crise qui affecte non seulement l’école mais aussi toute la société. (Article écrit par Christophe Deshayes et initialement publié par la jaune et la rouge – la revue des polytechniciens n°664 – avril 2011)

 

Le chômage de masse a invalidé depuis maintenant plus de trente ans la promesse historique de l’école : offrir un bon travail aux bons élèves.

Crise mondiale
La crise de l’école est commune à la totalité des pays dits développés. Selon l’ONG Alliance for Excellent Éducation, ce sont quelque 7000 lycéens américains qui, chaque jour d’école, jettent l’éponge sans diplôme, gonflant d’autant les chiffres des chômeurs à la recherche d’un emploi non qualifié. Ces mêmes emplois qui ont été massivement délocalisés dans les pays dits émergents ces dernières années. Une véritable bombe à retardement.

Tous les systèmes scolaires occidentaux laissent donc  » décrocher  » un nombre d’élèves insupportablement élevé tout en offrant de très faibles garanties de débouchés aux plus appliqués. Un comble pour des pays dont la stratégie de développement est fondée sur la maîtrise de la technique et sur la diffusion massive des connaissances. En 2000, l’Union européenne se fixait le fameux objectif de Lisbonne qui devait faire de l’Europe « L’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale. »

Cette situation ne peut évidemment être le seul fait de l’école

Alors que cette maîtrise collective des connaissances devait nous permettre de tenir à bonne distance l’implacable concurrence des pays émergents à bas coûts par une maîtrise collective des connaissances, le réveil est douloureux. Ironie suprême, cette société de la connaissance développe de nombreuses formes d’illettrisme. Une situation tellement cruciale pour nos sociétés qu’elle ne peut évidemment pas être le seul fait de l’école.

Volontarisme anglo-saxon

Pour relever ce défi, George W. Bush lance dès 2001 le fameux plan  » Aucun enfant laissé à la traîne  » (No Child Left Behind) qui verra s’abattre sur l’école américaine une manne financière sans précédent de plus de vingt-cinq milliards de dollars par an depuis 2001. Dans la foulée, le Royaume-Uni de Tony Blair se lance dans le même volontarisme budgétivore. Au coeur de ces investissements, les technologies numériques se paient la part du lion : tableaux blancs interactifs, didacticiels, classes virtuelles, classes mobiles. Les concepts, les dispositifs et les dollars pleuvent. Les moyens n’étaient pas ou peu comptés. Pourtant, les résultats obtenus sont ambigus.
Un rapport de l’agence fédérale américaine, National Endowment for the Arts, tirait le signal d’alarme en 2007 :  » Sans réaction concrète, il pourrait être trop tard d’ici dix ou vingt ans. Les États- Unis risquent un déclin économique dû aux conséquences de la mauvaise compréhension des documents lus.  » L’étude de la NEA montrait en effet que 38% des employeurs jugeaient que les jeunes adultes sortant de l’enseignement secondaire peinent à comprendre ce qu’ils lisent, tandis que 72 % observent cette déficience à l’écrit.

Bilans contrastés

Le retard accumulé par l’école française pourrait receler quelques avantages

Le rapport de l’audit mené par le ministère américain de l’Éducation sur l’efficacité des logiciels éducatifs fin 2006 est très sévère. Les contenus éducatifs numériques, du moins tels qu’ils ont été utilisés jusqu’alors, n’ont eu aucun impact sur la performance des élèves, pouvait-on lire. Aucune trace d’amélioration n’a pu être décelée dans les études statistiques.

Le programme No Child Left Behind, déjà critiqué pour les scandales financiers qui l’entouraient, voyait naître là une autre critique plus fondamentale : l’inefficacité. En épinglant le comportement des écoles, davantage préoccupées de s’équiper pour se conformer à la législation que par la performance des élèves, la mission d’audit lançait un pavé dans la mare.

Face à un bilan plutôt décevant, l’industrie s’est défendue en expliquant que la technologie n’était pas en cause. Seul l’usage était responsable. Pour preuve, aucun enseignant n’introduit les technologies de la même manière. Alors que certains l’utilisent comme un simple complément d’exercices, d’autres vont jusqu’à la substituer complètement aux manuels scolaires.

Si le déploiement des technologies est rapide, le développement de nouveaux usages l’est tout autant. Des dizaines de milliers d’enseignants en France se sont lancées dans la création de blogs, de didacticiels en ligne, de communication à distance hors temps scolaire (mails, réseaux sociaux) et dans l’adaptation de leur pédagogie à certains outils nouveaux (iPod, tableau blanc interactif, ENT).

Développer l’entraide

Si le bilan du livre numérique à l’école n’est pas fameux, en raison sans doute d’un excès de précipitation et d’affairisme, d’autres technologies obtiendraient des résultats beaucoup plus convaincants. Le 9 septembre 2009, un article du New York Times fait en effet grand bruit. Il reprend une étude de SRI International, commandée par le ministère de l’Éducation aux États-Unis, dont la conclusion est la suivante :  » En moyenne, les élèves obtiennent de meilleures performances avec l’éducation en ligne qu’avec l’éducation scolaire traditionnelle. »

Désormais :  » L’apprentissage en ligne n’est pas seulement mieux que rien mais devient même meilleur que l’apprentissage en classe.  » En fait, l’étude montre que l’amélioration des performances pour le panel  » en ligne  » ne devient réellement significative que ces toutes dernières années. Piste d’explication énoncée mais non scientifiquement avérée : les résultats seraient meilleurs lorsque les enfants s’entraident et s’encouragent les uns les autres. Or, la messagerie instantanée et tous les outils collaboratifs sont des technologies récentes apparues seulement ces dernières années (piste à suivre).

L’enquête menée par SRI sur l’usage des nouvelles technologies dans l’enseignement repose sur de solides bases : elle a été menée de 1996 à 2008 et croise quatre-vingt-dix-neuf études quantitatives où la comparaison est établie entre un même contenu enseigné en ligne (59 % de réussite) ou enseigné en classe (50% de réussite).

Efficacité en progrès

En raison des contraintes actuelles, les mannes financières qui se sont déversées pour moderniser les systèmes éducatifs en crise vont se raréfier. L’usage des technologies va devoir devenir réellement efficace. Une occasion de dresser les possibilités réelles de ces technologies, loin des discours idéologiques ou mercantiles des premières années. Le pseudo-retard accumulé par l’école française pourrait même, au final, receler quelques avantages : des investissements volontaristes réduits, c’est peut-être l’occasion pour focaliser l’attention et les quelques moyens disponibles au développement des usages innovants.

Tableau blanc interactif (TBI)

Le tableau blanc interactif est une surface blanche sur laquelle un vidéoprojecteur situé en hauteur projette un contenu numérique (un texte, un graphique, un espace vierge, mais également une page Web, une photo). Le tableau et le vidéoprojecteur sont reliés à un ordinateur, lui-même le plus souvent relié à Internet. Utilisant la technologie dite multitouch (la même que celle de l’iPhone, l’iPad), l’enseignant ou l’élève peuvent interagir avec le contenu en touchant la surface du tableau, ils peuvent également écrire soit sur une surface vierge soit en ajoutant des signes sur un contenu numérique (encadré, surlignage, flèche). Dans certains cas, les élèves peuvent interagir sans quitter leur siège, car ils disposent d’une tablette elle-même connectée au système.

Depuis plus de cinq ans les tableaux blancs interactifs se répandent dans les écoles. Véritable iPad géant avant l’heure, le TBI a concentré une partie substantielle des investissements massifs. En France, si le plan de déploiement est très en retard par rapport aux pays anglo-saxons, il se poursuit à une vitesse soutenue mais disparate car ce sont les collectivités locales (régions et départements) qui financent ces équipements.

Si le TBI est un dispositif bluffant, il est à la fois la meilleure et la pire des choses. Le Washington Post du 11 juin 2010 dressait ainsi un bilan plutôt sombre de la diffusion massive des tableaux blancs interactifs dans les écoles américaines. En donnant la parole à plusieurs chercheurs qui considèrent qu’il n’y a aucune preuve scientifique de l’amélioration de l’enseignement grâce à ces dispositifs, le Washington Post met en doute le discours des vendeurs de technologie mais également celui des politiques.

Toutefois si certains enseignants l’utilisent pour ne surtout rien changer, d’autres l’utilisent en revanche comme le creuset dans lequel s’élabore l’alchimie toujours recommencée de l’enseignement.

iPod et classe numérique

L’iPod d’Apple s’est introduit dans les usages pédagogiques depuis plusieurs années. Un dock, un dispositif sur roulette fermant à clé et renfermant 30 iPods, est confié à l’enseignant. Il peut installer un contenu numérique qui sera instantanément synchronisé avec les trente iPods distribués aux élèves.

Chaque élève peut utiliser l’iPod pour travailler à son rythme. Les exercices terminés, les élèves replacent l’iPod dans le dock qui synchronise instantanément les iPods, l’enseignant récupère ainsi en quelques secondes sous forme numérique l’intégralité de tous les exercices des élèves.

Dictée par iPod
Les enfants peuvent réécouter les passages de leur choix. « Dans une dictée, on a beau dicter la ponctuation, les enfants ne la notent pas ; avec ce dispositif, il n’y a plus d’erreurs de ponctuation. Les enfants sont vraiment concentrés sur ce qu’ils font. Je craignais au début qu’ils n’y mettent trop de temps, mais cela me prend en fait moins de temps qu’une dictée classique. Les plus mauvais en orthographe se sentent portés par le système. L’angoisse de ne pas avoir noté tout ce que dit l’enseignant a disparu. »

On voit des gens timides avoir un dialogue complètement différent avec l’enseignant

Ce concept de podclasses s’est développé un peu partout mais fait l’objet de nombreuses vidéos détaillées sur la WebTV de l’académie de Versailles.

En langues, les élèves peuvent s’enregistrer et toute une classe a ainsi des chances d’être évaluée à l’oral. Autre exemple, la dictée. Une enseignante de français commente ainsi sa pratique de la dictée assistée par iPod :  » Cet exercice pose un vrai problème, celui du rythme et des délais. Si les élèves avaient le texte à leur disposition pour l’utiliser à leur rythme, les résultats seraient meilleurs. J’utilise donc l’outil iPod pour sa capacité à individualiser l’exercice pour chaque enfant. »

Assistance étendue

Les innombrables blogs de professeurs, l’assistance par mail et par réseaux sociaux permettent de développer l’aide aux élèves. Beaucoup d’enseignants font maintenant des permanences le soir (hors temps scolaire), via le Net, afin d’accompagner les élèves dans leurs travaux. Avec ces technologies, on voit des gens timides ou s’exprimant peu en classe avoir un dialogue complètement différent avec l’enseignant le soir.

La diffusion des ENT (environnement numérique de travail) pourrait faciliter ces nouvelles pratiques. C’est un dispositif technique qui permet aux élèves de trouver tout ce qui leur est nécessaire pour travailler quels que soient l’endroit et la situation où ils se trouvent ; tout y est toujours disponible, l’intégralité des outils et des ressources numériques qu’ils utilisent, leurs données et même l’organisation de tous ces éléments entre eux selon les paramètres qu’ils ont définis. À partir d’un identifiant unique le système gère la personnalisation du poste.

Tableaux blancs interactifs
À l’usage, il semblerait que les tableaux blancs interactifs n’ont pas transformé la pédagogie mais au contraire renforcé la posture traditionnelle d’un enseignant omnipotent au centre d’une classe remplie d’élèves passifs : une fausse route si l’on considère que la pédagogie moderne cherche à faire émerger des petits groupes d’élèves assez autonomes et fortement coopératifs, accompagnés par un enseignant plus discret, bien que tout aussi essentiel. Une fois passée l’excitation inhérente à l’arrivée de la modernité, les élèves s’ennuieraient autant qu’avant. L’écart, entre les très bons enseignants et les moins bons, risque donc de s’accentuer et de devenir criant.

Twitter à l’école

La rhétorique et l’art de l’argumentation figuraient au cœur de ce que l’on appelait jadis les humanités. Cet art de la joute oratoire qui respecte l’autre et son point de vue est passé de mode. On observe que le non-respect de l’autre, la non-écoute et la non-attention sont devenus la norme dans les espaces numériques. Un problème qui dépasse la question de la politesse pour devenir un sujet de société.
Bien entendu, ces nouvelles pratiques ont nécessité de mettre en place des chartes sur cette nouvelle manière de s’adresser à l’enseignant, des règles sur la validation de l’information. En un mot, une organisation complètement différente de la relation traditionnelle entre l’enseignant et l’élève. Un travail qui doit être compris de tous et qui a donc nécessité beaucoup de temps pour émerger, faut-il s’en étonner ?

Certaines initiatives, comme celle d’enseignants utilisant les réseaux sociaux et notamment Twitter pour développer de véritables antidotes à ce fléau constituent l’un des usages vertueux du numérique les plus impressionnants. Le problème peut en effet devenir la solution et même une solution tellement puissante qu’elle permet de réinvestir un territoire abandonné depuis longtemps par un certain pédagogisme.

Technologie omniprésente

C’est finalement l’éducation aux nouveaux codes sociaux qui est la moins avancée, d’autant plus que les parents n’ont jamais été formés. Comment l’école pourrait-elle former à la société de demain si la société d’aujourd’hui ne sait pas où elle va ?

Dans un article du Monde du 18 janvier 2008, Serge Tisseron, psychiatre- psychanalyste bien connu, préconise, ô provocation, l’introduction de jeux virtuels dès la maternelle. « La vie numérique avec ses jeux de plus en plus sophistiqués n’est pas nécessairement une calamité. Certains se soignent dans les espaces virtuels, alors que d’autres y vont de plus en plus mal.  » Plutôt que de laisser les enfants se débattre seuls dans les univers virtuels, l’école et la société devraient au contraire intégrer ces univers virtuels dans le processus d’apprentissage.

Ne faut-il pas donner d’urgence aux enfants et aux adolescents les clés nécessaires pour évoluer en conscience dans les mondes virtuels ? Des clés dont les parents ne disposent pas toujours, force est de le constater.

Crise de société?

L’école est malade dans les pays occidentaux, pas seulement en France. Un problème qui ressort à l’évidence d’un problème de société. La société a connu ces dernières années, avec l’avènement du numérique, une véritable révolution en matière de diffusion des connaissances, de transformation du travail et des compétences nécessaires ou encore d’évolution des attentes des citoyens pour ne citer que quelques éléments d’une liste impressionnante de changements majeurs. Cette révolution transforme profondément la société et il n’est vraiment pas sûr qu’on en prenne toute la dimension.

La revue Communications of the ACM de février 2007 pointait du doigt l’addiction des adultes actifs vis-à-vis de leur gadget technologique préféré, à l’époque le BlackBerry. Leurs enfants ne supportent plus le manque d’attention de leurs parents. Une dépendance inquiétante de la part de parents censés montrer l’exemple et qui justifie à elle seule le surnom de cette nouvelle drogue : le « CrackBerry « .

Comment l’école chargée de préparer les jeunes à la société de demain pourrait-elle correctement remplir ce rôle alors que la compréhension collective de ces phénomènes est tellement superficielle ? Pourtant, de très nombreux enseignants et des organes intermédiaires souvent locaux essaient de relever le défi. On l’aura compris, plutôt que de lorgner sur les politiques anglo-saxonnes volontaristes en matière d’investissements technologiques mais dont les résultats sont contestés dans ces mêmes pays, il pourrait être plus astucieux d’encourager les milliers d’initiatives qui fleurissent sur le terrain dans nos régions, dans notre culture.

Car si l’enjeu est trop important pour le laisser aux seuls enseignants, ne pas miser sur le professionnalisme, l’enthousiasme et l’investissement de la grande majorité d’entre eux conduirait à l’échec. Un échec qui pourrait vraiment avoir des répercussions considérables.

La crise des systèmes éducatifs est d’abord une crise de société, une crise dans laquelle les technologies jouent un rôle central en renforçant les problèmes mais également en apportant de nombreuses contributions potentielles : le poison et le médicament en quelque sorte. À nous d’en mesurer les enjeux, la puissance et les limites, et d’éviter les discours faciles et improductifs sur le prétendu immobilisme congénital de l’école.

Incitation financière
Entre 400 euros et 2400 euros annuels, c’est la somme que toucheront les enseignants volontaires pour exercer la fonction de référent pour les usages pédagogiques numériques. Espérée depuis des années, cette décision de janvier 2011 constitue la reconnaissance par l’État de l’engagement de ces enseignants, qui, en aidant leurs collègues, démultiplient l’effort d’adaptation de l’école aux enjeux de demain grâce au numérique. Une telle mesure ne changera pas tout, certes, mais elle donne un sens à l’effort à faire : encourager et démultiplier les initiatives de transformation de la pédagogie au plus près du terrain et des usages.